M. Tsipras pris en tenaille entre ses créanciers et sa majorité
 
Le gouvernement grec l’affirme : les négociations avec les créanciers du pays (Fonds monétaire international, Commission européenne, Banque centrale européenne) seraient dans la dernière ligne droite. Un accord entraînant le déblocage de tout ou partie des 7,2 milliards d’euros de prêts encore disponibles dans le cadre du plan d’aide en cours pourrait être annoncé d’ici à la fin du mois.
 
Trouver un compromis devient plus urgent que jamais car, si l’on en croit le ministre de l’intérieur, Nikos Voutsis la Grèce ne pourrait pas honorer ses échéances au Fonds monétaire international (FMI), en juin.« Nous devons rembourser, entre le 5 et le 19 juin, 1,6 milliard d’euros au FMI. Nous ne donnerons pas cet argent car nous ne l’avons pas », a déclaré M. Voutsis, dimanche 24 mai lors d’un entretien sur la chaîne privée Mega.
 
Quel est l’état des finances grecques ? Où en sont les discussions avec les créanciers ? De quelles marges de manœuvre dispose le premier ministre grec, Alexis Tsipras, qui apparaît pris en tenaille entre les demandes de créanciers, par ailleurs divisés, et une majorité où les dissensions internes sont fortes ? Etat des lieux.
Difficile à dire, tant les déclarations contradictoires sur le sujet se sont multipliées. La ligne officielle est que le gouvernement paiera en priorité les salaires et retraites des fonctionnaires. En vérité, personne ne sait quel est l’état réel des caisses publiques.
 
Lundi 25 mai, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis a indiqué que « nous paierons ce que nous devons dans la mesure où nous sommes capables de payer. C’est de la responsabilité du gouvernement d’être en mesure d’honorer toutes ses obligations ».
 
Le 5 juin, Athènes doit rembourser au FMI 302,5 millions d’euros. M. Sakellaridis a démenti les informations selon lesquelles le gouvernement envisageait de payer les quatre échéances dues au FMI en juin en une seule fois.
 
Ce week-end, le ministre de l’intérieur, Nikos Voutsis, avait déclaré que le pays ne disposait pas des 1,6 milliard d’euros qu’il doit rembourser au cours du mois de juin au FMI.
 
Vendredi 22 mai, Alexis Tsipras avait informé le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew de l’état des négociations avec les créanciers. A cette occasion, selon le correspondant d’une chaîne grecque à Washington, M. Tsipras aurait prévenu les Américains que son gouvernement ne pouvait pas faire face aux échéances du 5 juin auprès du FMI.
 
Le premier ministre grec a évoqué la possibilité de payer en une seule fois, à la fin du mois de juin, l’ensemble des quatre échéances prévues le mois prochain, soit un montant total de 1,6 milliard d’euros. Ce qui laisserait le temps de conclure un accord sur l’aide financière. Mais le FMI refuserait catégoriquement cette option.
 
Bien que les autorités américaines appellent l’ensemble des parties à trouver au plus vite une solution évitant de mettre en danger l’économie mondiale, elles ne semblent pour autant pas prêtes à faire pression sur le FMI pour aider la Grèce à obtenir un délai de paiement.
Devant le comité directeur de son parti, Syriza, réuni ce week-end à Athènes, Alexis Tsipras a promis que le gouvernement grec ne « répondra pas à des demandes irrationnelles » et insistera sur « les lignes à ne pas franchir ».
 
Les lignes de fractures dans la négociation se sont clarifiées ces dernières semaines. Athènes a finalement accepté de remettre à plus tard une grosse partie de ses promesses de campagne : hausse du salaire minimum, arrêt des privatisations, suppression de l’impôt sur la propriété, etc.
Mais le gouvernement grec s’oppose catégoriquement à une nouvelle baisse des salaires et des retraites, ainsi qu’à un changement du cadre législatif des procédures de licenciements collectifs.
 
Il souhaite par ailleurs revoir à la baisse les objectifs d’excédents primaires pour les années 2015 et 2016 afin de dégager de la marge budgétaire.
 
La Commission européenne semble prête au compromis sur ces quelques points très précis. Ce n’est pas le cas, en revanche, du FMI, qui estime de nouvelles coupes dans les retraites indispensables et exige une réforme du système de sécurité sociale, ainsi que plus de flexibilité dans le cadre du droit du travail.
 
La question qui divise plus largement les créanciers est celle de la dette publique grecque. Le FMI estime qu’elle n’est pas viable et souhaiterait ouvrir rapidement le chapitre de sa restructuration. Athènes aussi.
 
Mais le refus, sur ce point, est catégorique du côté européen, et notamment allemand : on ne veut pas parler d’un allègement de la dette grecque avant que le programme actuel ne soit terminé.
Les fractures au sein de Syriza, le parti au pouvoir, sont de plus en plus visibles. Lors de la réunion du comité directeur, ce week-end, pas moins de trois motions ont été déposées contre la ligne majoritaire, défendue par Alexis Tsipras.
 
La plus importante, soutenue par la Plateforme de gauche, dirigée par l’actuel ministre du redressement productif, Panayiotis Lafazanis, recommandait, entre autres, au gouvernement « de ne pas payer au FMI les prochaines échéances », de « nationaliser les banques » et de consulter « dans un avenir proche » le peuple grec, c’est-à-dire d’organiser un référendum.
 
Sur les 201 membres du comité directeur, 95 ont voté contre cette motion, 75 pour, 30 se sont abstenus et 1 a voté blanc.
 
Le « courant des 53 », porté par l’actuel chef de l’équipe de négociation grecque à Bruxelles, Euclide Tsakalotos, a quant à lui ouvertement contesté le choix de « certaines personnalités et certaines rhétoriques » effectué par le gouvernement Tsipras.
 
Et le député Kostas Lapavitsas, connu pour ses positions radicales, a de nouveau affirmé que seule une sortie de la zone euro permettrait à la Grèce « la mise en place d’un véritable plan de croissance ».
 
Toutes ces voix, bien que minoritaires, portent de plus en plus. Si personne ne conteste encore ouvertement la légitimité d’Alexis Tsipras, toujours très populaire dans les sondages, il existe cependant bel et bien une bataille idéologique interne au parti pour tenter d’imprimer un virage à gauche à la ligne modérée jusqu’ici défendue par M. Tsipras et son entourage.
Ces tensions existent depuis toujours car Syriza est le fruit d’une turbulente coalition de mouvements aux positions parfois antagonistes.
 
Si un accord est finalement conclu avec les créanciers, il devra passer devant le Parlement. C’est lorsque viendra le moment de le faire valider aux 149 députés Syriza (sur un total de 300) que se jugeront véritablement les rapports de forces au sein du parti. Alexis Tsipras devrait alors en appeler à la discipline du parti.
 
En cas d’échec à conclure un accord, par contre, il n’est sûr que le premier ministre arrive à contenir plus longtemps ce mécontentement. Une crise de leadership pourrait alors s’ouvrir à Syriza.

Jusqu’ici Alexis Tsipras est confiant. Son pari : personne au sein de Syriza ne voudra provoquer la chute du premier gouvernement de gauche de l’histoire récente de la Grèce, ou aller contre une opinion majoritairement opposée à l’aventure de la sortie de l’euro.